Le garage de la police cantonale d’Argovie
Les « mécanos » de la police cantonale d’Argovie
Le parc automobile de la police cantonale d’Argovie compte environ 280 véhicules. Neuf collaborateurs s’occupent de l’entretien, de la maintenance,
Au poste de la police mobile de la police cantonale d’Argovie, à Schafisheim, les activités sont intenses. Les véhicules de patrouille et autres véhicules d’intervention vont et viennent à toute heure du jour et de la nuit, tous les jours de l’année. Les exigences imposées aux forces d’intervention qui les pilotent sont élevées : dans au moins 80 pour cent des cas, elles doivent atteindre n’importe quel lieu d’intervention sur le territoire cantonal en seulement 15 minutes. Mais le canton d’Argovie est vaste et constitue, avec les autoroutes A1, A2 et A3 ainsi que ses 6 575 kilomètres de réseau routier intercantonal, un carrefour du réseau routier suisse.
Adrian Schmid, chef d’atelier et chef adjoint du groupe Garage et véhicules, aux côtés d’un ancien véhicule de la police cantonale d’Argovie dont la restauration est presque terminée.@ Jörg Rothweiler
4 millions de kilomètres parcourus par an
Pour que ces exigences puissent être respectées, il est essentiel de disposer à tout moment d’un nombre suffisant de véhicules opérationnels. Le parc automobile de la police cantonale d’Argovie compte environ 280 véhicules. Le kilométrage annuel s’élève à environ 4 millions de kilomètres. Un peu plus de la moitié de ce kilométrage est parcouru par les équipes de la police mobile.
Si les distances parcourues sont importantes, la gamme de véhicules reste toutefois limitée. Outre des voitures particulières de différentes marques, la flotte compte des fourgons de type VW T6 et, depuis peu, des Mercedes-Benz Vito, ainsi que quelques camionnettes, camions et remorques. Il n’y a plus de motos depuis environ cinq ans. Sauf une exception : une BMW historique équipée d’un moteur boxer, exposée dans le hall du poste de Schafisheim, en souvenir de l’époque où les policiers argoviens se déplaçaient également à deux roues.
Jürg Zehnder, chef du groupe Garage et véhicules au sein de la police cantonale d’Argovie, et son adjoint, Adrian Schmid, responsable de l’atelier, se souviennent encore de cette époque. Ils font partie de l’équipe depuis longtemps : le premier depuis 30 ans, le second depuis 26 ans. Ils nous montrent ce que réalise le garage de la police et comment le travail évolue avec l’arrivée des nouvelles technologies.
Aperçu des « coulisses » du garage de la police : c’est dans cette zone qu’une équipe de neuf personnes effectue principalement des travaux d’entretien et de réparation.@ Jörg Rothweiler
Entretien, maintenance et aménagement : tout est réalisé en interne
Les locaux du garage de la police sont divisés en cinq zones. La première est un hall de lavage équipé d’un pont élévateur ; juste à côté se trouve un autre espace de travail, également doté d’un pont élévateur. Les principales tâches (entretien, révision et réparations) sont effectuées dans un autre hall très spacieux. Lors de notre visite, trois des cinq ponts élévateurs de ce hall étaient occupés. C’est là que travaille la majeure partie de l’équipe composée de neuf personnes, dont deux apprentis. Juste à côté, dans une zone séparée, se trouve l’atelier de menuiserie. C’est là qu’un employé fabrique des aménagements arrière et d’autres pièces spéciales pour les véhicules d’intervention, et même parfois un pupitre. Une porte plus loin se trouve la salle dédiée à l’assemblage et à l’aménagement des nouveaux véhicules d’intervention. « Seules les voitures BMW nous sont livrées < clé en main > par le groupe Haberl. Nous aménageons nous-mêmes les véhicules d’autres marques, à l’aide de pièces provenant de sous-traitants et d’équipements spéciaux que nous développons nous-mêmes ou en collaboration avec des prestataires spécialisés », explique Jürg Zehnder. C’est ainsi que l’aménagement intérieur du nouveau Mercedes-Benz Vito a été développé en collaboration avec Carrosserie Rusterholz AG. « Elle produit des composants tels que la cellule et d’autres pièces spécialisées, et nous fournit un < kit > ». « Nos spécialistes s’en servent ensuite pour aménager les véhicules », explique Adrian Schmid en désignant un Mercedes-Benz Vito. Un coup d’œil à l’intérieur révèle que l’équipe de deux personnes chargée de l’« aménagement » doit allier talent artisanal et compréhension approfondie de la technique et de l’électronique. Le « chaos » de câbles, d’unités de commande et de connecteurs semble impressionnant. Mais Adrian Schmid nous rassure : « Notre duo chargé de l’aménagement des véhicules maîtrise parfaitement tout cela, et bien plus encore. »
Nouveauté dans le parc automobile : le Mercedes-Benz Vito
« Voilà à quoi ça ressemble une fois terminé », dit-il en ouvrant la porte latérale et la porte arrière d’un autre Vito garé devant le hall. Je suis vraiment impressionné : l’aménagement intérieur est d’une finition impeccable. Au centre du véhicule, derrière le siège conducteur, se trouve un espace de travail. Le siège passager peut pivoter, ce qui permet à trois personnes de mener des interrogatoires, des réunions et d’autres activités. Presque comme dans un bureau. À l’arrière gauche se trouve une cellule en tôle d’acier striée, tandis que l’espace de rangement pour l’équipement est situé à droite. Un tiroir coulissant, parallèle à la porte latérale, offre un espace supplémentaire, notamment pour les armes longues transportées. « Ainsi, tout est bien sécurisé, tout en restant rapidement acces-sible », souligne Adrian Schmid. « Nous avons également réalisé nous-mêmes le film plastique. Nous le définissons avec le fournisseur, et pouvons commander et remplacer chaque pièce individuellement. Cela permet d’économiser du temps et de l’argent. »
Tout dans ce véhicule, qui a été exposé au salon Suisse Public 2026, a été pensé dans les moindres détails. Les forces d’intervention qui l’utiliseront pour leur service ne regretteront pas longtemps leur ancien véhicule.
Vue intérieure du nouveau Mercedes-Benz Vito avec son poste de travail central pouvant accueillir jusqu’à trois personnes grâce au siège passager pivotant.@ zVg
Le temps est précieux dans le garage de la police
En évoquant le temps que permettent de gagner les activités réalisées en interne, Adrian Schmid met en avant un facteur essentiel : « Nos véhicules sont constamment en circulation. Certains, comme les véhicules de vidéosurveillance, parcourent environ 100 000 kilomètres par an. Cela implique des coûts d’entretien et de maintenance élevés, et toujours suffisamment de travail pour nous. »
Tandis que les travaux d’entretien périodiques sont planifiables, les réparations surviennent de manière inattendue, souvent au moment le plus inopportun. La flexibilité est donc indispensable. « Souvent, les patrouilles signalent un problème le soir, à leur retour. Nous essayons toujours de le résoudre dès le lendemain matin », explique Adrian Schmid. Mais certaines « petites choses » peuvent parfois prendre beaucoup de temps : « Récemment, nous avons constaté des dégâts causés par une martre sur une BMW iX3. Les câbles passant dans le tunnel du cardan, que l’ancienne iX3 partageait avec les modèles à moteur thermique, présentaient des fuites. Pour les remplacer, nous avons dû démonter la batterie haute tension. Cela a représenté un travail considérable. »
Pour ces interventions et d’autres travaux sur les véhicules électriques, tous les collaborateurs ont suivi une formation HV1 et HV2 et participent régulièrement à des stages organisés par les importateurs. « Et nous disposons d’appareils de diagnostic officiels et d’outils spécialisés de BMW, Mercedes-Benz et du groupe VW, ainsi que d’outils de diagnostic universels pour les voitures d’autres marques », explique Adrian Schmid. « En effet, outre l’entretien et la maintenance, nous effectuons également le dépannage, les réparations et les mises à jour logicielles. »
Seuls les travaux de carrosserie sont sous-traités. Ce qui, comme le souligne Adrian Schmid, est heureusement rarement nécessaire : « Avant de confier des véhicules à des tiers, nous devons les vider et prendre certaines mesures de sécurité. Cela représente toujours un travail considérable. Et les travaux effectués par des tiers prennent eux aussi du temps. » De plus, les travaux externes coûtent plus cher, ce qui rend d’autant plus judicieux le fait de disposer de son propre garage, même si le travail sur les véhicules modernes devient de plus en plus complexe.
Pratique : la pompe à liquide lave-glace, à antigel et à divers types d’huile moteur.@ Jörg Rothweiler
Les voitures deviennent plus complexes, mais pas moins fiables
« La technologie évolue à un rythme incroyable. Mais la
fiabilité des véhicules n’a pratiquement pas changé. Nos voitures tiennent généralement entre 300 000 et 400 000 kilomètres. En revanche, les prix des pièces détachées ne cessent d’augmenter », explique Jürg Zehnder. Adrian Schmid sait d’ailleurs parfois à l’avance quand il devra commander les prochaines : « L’exploitation d’une flotte met en évidence les faibles
ses de chaque modèle, ce qui permet de prévoir les réparations en fonction du kilométrage. Nous nous procurons alors les pièces suffisamment tôt, afin de gagner du temps. » Les problèmes liés à l’électronique et aux logiciels sont rares, mais parfois complexes à résoudre. « Les pannes de composants électroniques, les erreurs logicielles et la complexité croissante de l’intégration d’équipements supplémentaires nous posent des problèmes, comme à tous les autres services d’urgence », explique Adrian Schmid. « Cela concerne aussi bien les véhicules à moteur thermique que les voitures électriques et les hybrides. »
« Seulement » 50 véhicules à motorisation alternative, pour de bonnes raisons
Dont une voiture à pile à combustible, ce qui correspond à une part inférieure à 20 pour cent. Il y a de bonnes raisons à cela, comme l’explique Jürg Zehnder, responsable des achats : « D’une part, le canton d’Argovie, comme d’autres, souhaite atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. D’autre part, il nous impose des exigences strictes en matière de capacité d’intervention, de rapidité et de disponibilité. Concilier tous ces aspects n’est pas simple. Par exemple, en cas de panne générale, nous pouvons rester mobiles avec des véhicules à moteur thermique grâce à deux stations-service fonctionnant à l’alimentation de secours, ici et à Aarau. Recharger des voitures électriques pendant une panne générale est en revanche pratiquement impossible. »
L’étendue de la zone d’intervention constitue également un frein, ajoute Adrian Schmid : « Nous avons besoin d’une autonomie de 400 à 500 kilomètres, non pas selon la norme WLTP, mais en conditions réelles d’utilisation, y compris en hiver et lorsque les véhicules doivent parcourir de longues distances à grande vitesse. » Jusqu’à présent, il n’existait que très peu de voitures électriques abordables offrant une telle autonomie, suffisamment d’espace et de charge utile, ainsi qu’une transmission intégrale. C’est pourquoi tous deux fondent leurs espoirs sur la nouvelle BMW iX3. « Nous recevrons la nôtre cette année, et nous sommes convaincus qu’elle offrira l’autonomie requise. »
Toujours beaucoup à faire, et aucun souci de relève jusqu’à présent
Quelle que soit la part future des voitures électriques dans le parc automobile : l’équipe du garage de la police ne manquera pas de travail, et c’est pour cela qu’elle forme elle-même la relève. « Nous proposons les formations professionnelles de < spécialiste en véhicules d’intervention > et de < mécatronicien·ne automobile > ; nous avons actuellement une femme et un homme en formation », explique Adrian Schmid. Interrogé sur les critères de sélection des candidats, Jürg Zehnder répond : « Une réputation irréprochable, de la flexibilité, un sens pratique et un grand intérêt pour l’électronique automobile sont essentiels. Ce dernier point sera de plus en plus important à l’avenir, et pas seulement dans le cadre de la mise à niveau de nos véhicules en interne. » En contrepartie, les apprentis bénéficient d’un bon salaire, d’une formation au permis de conduire pour les voitures particulières et/ou les poids lourds, ainsi que de la formation HV1. « Et bien sûr, une formation chez nous est plus passionnante et plus variée que dans un garage civil », déclare Jürg Zehnder. « Elle ouvre des perspectives d’évolution. Notre responsable du service de presse, par exemple, a lui-même débuté sa carrière chez nous en tant qu’apprenti. »
Nous ne savons pas quelle voiture ce dernier conduit. Mais Jürg Zehnder roule en Saab 9-3 break, Adrian Schmid en Škoda Karoq. Leurs voitures de rêve sont respectivement « une superbe voiture électrique » et « une Corvette C1 cabriolet ». Cela ne semble pas extravagant et montre bien que l’équipe du garage de la police cantonale d’Argovie s’y connaît très bien en voitures, fait preuve de polyvalence, et garde les pieds sur terre, même lorsqu’il s’agit de rêves automobiles.
Depuis 2014, les véhicules de la police cantonale d’Argovie arborent les couleurs blanc-bleu-jaune. Le marquage est réalisé par le garage de la police.@ zVg