« U TRAKTION » : un exercice de grande envergure de la protection civile argovienne
Préparation aux situations d’urgence
Le 25 avril 2026, un exercice très réaliste s’est déroulé à Aarau/Buchs : la simulation d’une collision entre un bus et un tramway au cours de laquelle les deux véhicules se sont renversés, avant qu’une voiture qui approchait ne percute le lieu de l’accident et ne prenne feu. L’objectif de cet exercice était d’identifier les possibilités d’optimisation pour l’avenir.
Le département Militaire et protection de la population (AMB), l’Assurance immobilière argovienne (AGV), la société Aargau Verkehr AG (AVA), le prestataire de services énergétiques Eniwa AG, basé à Buchs, ainsi qu’une dizaine d’autres institutions (pompiers, corps de police, autorités et protection civile) ont employé les grands moyens pour l’exercice d’intervention « U TRAKTION » qu’ils ont organisé. Ils ont consacré environ un an à la planification de l’exercice « U TRAKTION » qui s’est déroulé le 25 avril sur l’Industriestrasse, dans la région d’Aarau/Buchs. Cette rue a été entièrement fermée à la circulation pendant environ 24 heures et mise en scène avec un « scénario d’accident de la circulation » impressionnant.
Travaux de préparation pour l’exercice « U TRAKTION » : le premier wagon et le bus arrivent sur les lieux.© zVg
Mise en place complexe de l’exercice, organisation irréprochable
Deux wagons d’un train d’AVA, pesant chacun environ 25 tonnes et ayant réellement été impliqués dans une collision avec un camion en mars 2025, ainsi qu’un bus ayant également été victime d’un accident réel, ont été couchés sur l’asphalte dans la nuit de vendredi à samedi à l’aide de deux grues à pompe. Un véhicule d’entraînement à la lutte contre l’incendie équipé de mannequins d’entraînement et d’une bouteille de gaz (vide) a également été mis en place juste derrière le tramway. D’autres mannequins d’entraînement ainsi que toutes sortes de « débris » ont également été placés à l’intérieur et autour du bus et du tramway.
Dès six heures du matin, des professionnels spécialisés ont maquillé, dans les locaux d’Eniwa AG, une quarantaine de volontaires qui incarneraient, dans le scénario d’exercice prévu, des blessés parfois gravement atteints. L’éventail des blessures simulées comprenait des contusions, des coupures et des crises cardiaques, ainsi que des fractures, des traumatismes crâniens légers à graves, des membres partiellement ou totalement sectionnés, ou encore des polytraumatismes, des pneumothorax et des paraplégies. Au total, environ 70 figurant·e·s (y compris les figurants Care) ont pris part à l’exercice.
Deux « officiers de sécurité » ont veillé à la sécurité sur le site de l’exercice et aux alentours, tandis que des membres de l’Organisation de la protection civile (ZSO) de la région de l’Aar ont apporté leur soutien à la mise en place de l’exercice. Des collaborateurs d’AVA ont supervisé et coordonné les travaux sur les véhicules d’exercice ainsi qu’à proximité des voies et dans le bâtiment d’Eniwa AG, les invités, parmi lesquels figuraient le conseiller d’État Jean-Pierre Gallati ainsi que des représentants de la Commission de la sécurité publique (SIK), ont reçu des informations actualisées sur le déroulement de l’exercice.
Il n’y a aucun doute : l’exercice « U TRAKTION », qui visait à simuler un « afflux massif de blessés (MANV) » et à entraîner la coopération et la communication interinstitutionnelles, a été bien planifié et impeccablement organisé ; les partenaires organisateurs y ayant investi un budget d’environ 50 000 francs. Un montant raisonnable pour un exercice de cette envergure, qui n’a pu être respecté que parce que les organisations participantes se sont déclarées prêtes à prendre en charge solidairement leurs propres frais de personnel et de matériel.
Pour dégager une « victime » coincée, les équipes du KKE ont dû soulever de quelques centimètres le wagon de plus de 25 tonnes à l’aide de coussins d’air.© Jörg Rothweiler
Exercice d’intervention pour une douzaine d’institutions
Outre AVA et Eniwa AG, l’exercice a notamment impliqué les pompiers locaux de Buchs et les casernes de renfort d’Aarau et de Wohlen, la police cantonale d’Argovie, l’élément cantonal d’intervention en cas de catastrophe (KKE) d’Argovie, les services de secours argoviens (neuf services de secours), y compris les chefs d’intervention cantonaux, ainsi que Alpine Air Ambulance AG, qui a mobilisé un hélicoptère de sauvetage pour l’exercice. Le Service suisse d’enquête sur les accidents (SUST) ainsi que le service de police scientifique de la police cantonale d’Argovie ont également été impliqués en « deuxième ligne ».
Scénario et objectifs de l’exercice
« U TRAKTION » a simulé un incident majeur dans les transports publics, qui a entraîné une intervention de grande envergure. Dans le cadre d’un exercice d’intervention, les forces d’intervention alertées ne savaient pas ce qui les attendait sur les lieux. Selon le responsable de l’exercice, le Dr André Vossebein, chef de la section Prévention des catastrophes de l’AMB, les capacités et compétences suivantes devaient être mises en pratique : gestion immédiate de l’incident et phase de sauvetage (localisation et évacuation des victimes), principalement par les pompiers. Premiers soins, triage, prise en charge médicale ainsi que transport des personnes blessées vers les cliniques et hôpitaux à proximité ou vers des établissements spécialisés dans toute la Suisse (par ex. victimes d’incendie) par les services sanitaires. Prise en charge et accompagnement des personnes non blessées concernées par l’accident. Enquête sur l’accident et mesures de police scientifique, y compris la localisation, le sauvetage et l’identification des personnes décédées sur le lieu de l’événement (après la phase de sauvetage).
Afin que cela ne soit pas « trop facile », les organisateurs ont intégré de manière ciblée des obstacles parfois insurmontables : avant de perdre le contrôle du volant et de percuter le tramway, le conducteur de bus avait été victime d’un infarctus. Dans les deux véhicules, des passagers se sont retrouvés coincés, voire éjectés. Une passante qui tentait de secourir les occupants de la voiture en feu a subi de très graves brûlures suite à l’explosion d’une bouteille de gaz qui se trouvait dans le véhicule, et le tramway, en déraillant et en se renversant, a entraîné au moins un passant sous ses roues. À cela s’ajoutaient des personnes apparemment indemnes qui, prises de panique, couraient dans tous les sens sur les lieux de l’accident, entourées de touristes, de badauds et de paparazzi, sollicitant ainsi les forces d’intervention.
Déroulement de l’exercice à grande échelle : phase de chaos et première partie
L’exercice a débuté peu après huit heures : des flammes ont soudainement jailli du véhicule d’entraînement à la lutte contre l’incendie. Une fumée épaisse confère à la scène un caractère sinistre et réaliste ; à 8h11, le responsable de l’exercice, le Dr André Vossebein, passe l’appel d’urgence simulé. Immédiatement après (de 8h16 à 8h20), la centrale d’intervention cantonale (KNZ) d’Aarau mobilise toutes les forces d’intervention nécessaires conformément aux plans d’alerte (police, pompiers, services sanitaires, KKE, AAA, SUST).
Sur la place, où régnait encore le calme matinal, le bruit s’intensifie : dans le bus et dans les wagons, des gens crient, plusieurs détonations retentissent, et à côté de la voiture en feu se trouve, conformément au plan de l’exercice, la figurante dont le corps a été maquillé pour simuler des brûlures. Quelques secondes plus tard, les premiers véhicules d’intervention arrivent à toute vitesse. La police et les pompiers sont les premiers à arriver, presque simultanément (8h20). Les premiers secouristes les rejoignent quelques minutes plus tard.
L’incendie simulé est rapidement éteint et la femme est mise en sécurité hors de la zone de danger immédiat. Les pompiers sécurisent le lieu de l’accident, évaluent la situation et mettent en sécurité les premières personnes (qui ont pu se dégager par leurs propres moyens). D’autres équipes d’intervention arrivent, tandis que l’hélicoptère de l’AAA tourne dans le ciel. Il atterrira peu après pour transporter la « victime brûlée » à l’hôpital. Le lieu de l’accident se remplit de personnes vêtues de jaune, de rouge et de bleu. On entend des consignes données dans l’agitation. À 8h34, les pompiers commencent à accéder au train, après que la caténaire a été mise à la terre conformément aux prescriptions d’AVA. À 8h41, les ambulanciers transportent les premiers « blessés » secourus sur des civières et des brancards roulants vers la zone de triage : la phase de chaos bat son plein.
Les membres des services sanitaires et de la Care Team ont été fortement sollicités. Outre les personnes blessées physiquement, les équipes d’intervention ont également dû prendre en charge des « victimes » souffrant de troubles psychiques.© Jörg Rothweiler
Environ 45 minutes après le déclenchement de l’alerte (9h03), la première des nombreuses ambulances mobilisées quitte les lieux. À une centaine de mètres de là, sur la route menant au lieu de l’accident, une tente blanche, montée par l’élément cantonal d’intervention en cas de catastrophe (KKE) (portrait dans GYROPHARE BLEU 05-2025), marque le début de la mise en place du poste de secours (SanHist). Son montage s’effectue presque en accéléré. Une tente est montée, puis une deuxième. Un peu plus loin, un camion à quatre essieux décharge un conteneur interchangeable rempli de matériel médical, et un poste de soins mobile, équipé de deux places, est ensuite installé à côté des deux tentes. À quelques pas de là se trouve déjà le bus-ambulance (GRW) des services sanitaires du canton d’Argovie (voir GYROPHARE BLEU 06-2025). Celui-ci sert à prendre en charge les victimes légèrement blessées ou indemnes et est mobilisé sur tous les incidents impliquant plus de cinq personnes, en collaboration avec le service de secours, le chef d’intervention cantonal des services sanitaires (KEL-San) ainsi que d’autres forces d’intervention des services sanitaires du KKE (AdSan KKE).
Près d’une heure et demie (9h45) après l’alerte, l’équipe SanHist du KKE est prête à intervenir. Le poste de triage provisoire installé sous l’auvent de l’entrée du bâtiment Eniwa pendant la phase de chaos se vide alors rapidement. Le triage, la prise en charge et la préparation au transport des personnes impliquées ont désormais lieu dans la zone sanitaire du KKE. Toutes les quelques minutes, une ambulance part en direction de l’hôpital également désigné. Au bout de la rue, sur le lieu de l’accident, les équipes d’intervention travaillent rapidement, avec concentration, de manière désormais visiblement mieux coordonnée et donc plus efficace. Il ne faut pas longtemps avant que la dernière personne blessée soit secourue. Cela donne aux pompiers une première occasion de pouvoir enfin s’arrêter un instant et de reprendre leur souffle.
Les membres des services sanitaires et de la Care-Team ont quant à eux nettement plus à faire. Les premiers s’occupent des blessés, les seconds prennent en charge les « victimes » de l’accident, certes indemnes physiquement, mais psychologiquement affectées. Les blessés, dont certains sont gravement atteints, ainsi que les personnes présentant des signes évidents de panique ou de confusion, mobilisent d’importantes ressources, au sein des services sanitaires, de la Care Team et, en partie, de la police.
Dans ce contexte, on retient surtout le cas de ce figurant qui simule un passager victime de violentes crises de panique persistantes. Ayant travaillé pendant de nombreuses années avec des patients anxieux dans la vie réelle, cet homme incarne son rôle avec un dévouement et une crédibilité qui mériteraient un Oscar. Pendant plusieurs heures, il erre sur le site en gémissant, en se plaignant et apparemment sans but précis. Dès que les forces d’intervention le rattrapent, il profite de la moindre inattention pour leur échapper à nouveau. Il réapparaît sans cesse à des endroits toujours différents. Il se cache même dans la barricade de la direction des opérations placée sous la responsabilité de la police cantonale d’Argovie. Cela sème la confusion et suscite parfois même du mécontentement.
Vue sur la zone de triage mise en place au début de l’exercice sous l’auvent du bâtiment Eniwa.© Jörg Rothweiler
La tension qui règne à ce moment-là dans la barricade s’explique non seulement par la concentration intense requise pour coordonner le travail des quelque 450 membres des forces d’intervention impliqués dans l’exercice, mais également par des incertitudes concernant le « nombre de victimes ». Tandis que presque tous les autres faits, consignés et présentés sur de grandes feuilles accrochées aux parois extérieures des véhicules de la centrale d’intervention, sont clairs, les divergences entre les données transmises par le front, les services sanitaires et le triage concernant le nombre et la gravité des blessures des patients suscitent des interrogations. Ces divergences s’expliquent par le fait que l’état de certains figurants (conformément aux instructions des responsables de l’exercice) se détériore au fur et à mesure du déroulement de l’exercice, pouvant aller jusqu’au décès. Cela a une incidence sur le triage des figurants concernés et entraîne des divergences dans les listes.
Mais à 11 heures, la situation s’éclaircit sensiblement. La dernière des trois casernes de pompiers se prépare à partir, les derniers blessés sont transportés vers les hôpitaux, les personnes indemnes sont rassemblées dans un hangar situé à proximité, et plus aucune personne n’est portée disparue.
Une pratique presque « courante » de nos jours : un pilote de drone a permis à la direction des opérations d’avoir accès à tout moment à des images aériennes en direct du lieu de l’incident.© Jörg Rothweiler
« Le calme après la tempête », et la phase deux
À midi, le calme revient sur le lieu de l’accident, et la direction des opérations dresse un premier bilan. « Les équipes d’intervention ont dû faire face à un accident complexe. « La coordination et la coopération ont pu être mises en pratique et, espérons-le, encore améliorées », explique le responsable de l’exercice, le Dr André Vossebein, qui va recueillir et analyser les retours de toutes les institutions participantes ainsi que des observateurs. Mais la fin des opérations de sauvetage et de secours ne signifiait pas la fin de l’exercice. C’était maintenant au tour des spécialistes du SUST d’entrer en scène. Ils devaient reconstituer la cause et le déroulement de l’accident.
Et à peine les collaborateurs du SUST partis, une quinzaine de personnes vêtues de combinaisons de protection blanches et de surbottes bleues ont envahi le lieu de l’accident : c’était au tour de la police scientifique de faire son travail. Les « cadavres » encore présents dans et autour des véhicules ont été minutieusement recensés et documentés, dans les moindres détails (par ex. la couleur, la taille, la matière et la marque du pull). De même, les équipes composées chacune de quatre à cinq personnes ont récupéré tout ce qui se trouvait dans et autour des véhicules accidentés. Chaque objet de ces « débris » (des étuis à lunettes aux
ordinateurs portables, en passant par les téléphones portables, les appareils photo, les portefeuilles, les pièces d’identité, les bagages et même des chaussures éparpillées) a également été répertorié par des photos et des notes, puis rangé dans des sacs en plastique fermés.
Lors de ces opérations de police scientifique, les équipes du KKE ont soudainement été à nouveau sollicitées. Il fallait « libérer » trois corps. L’un était coincé dans le bus par un membre, un autre gisait à moitié sous le train renversé et un troisième, retrouvé dans le compartiment arrière du train, n’a pas pu être récupéré par l’accès créé par les pompiers.
La « libération » du mannequin coincé par la jambe dans le bus n’a été qu’un jeu d’enfant pour les équipes du KKE, habituées aux travaux lourds (une scie sabre électrique a suffi). Le sauvetage du mannequin coincé sous le train d’environ 25 tonnes a également été réalisé sans grande difficulté, à l’aide d’un coussin de levage pneumatique capable de soulever jusqu’à 49 tonnes une fois rempli d’air comprimé à 12 bars (provenant d’une petite bouteille).
Le sauvetage du mannequin coincé dans le train a quant à lui constitué le dernier moment marquant de la journée. « On va simplement créer une porte », ont déclaré deux hommes (costauds) du KKE, avant de découper sans plus attendre le wagon entre ses vitres arrière à l’aide d’une tronçonneuse à essence. Cela n’a pas pris plus de 15 minutes, et aurait pu être encore plus rapide si la première tronçonneuse avait bien voulu redémarrer après le remplacement de la lame usée. À cause de cette panne, il a fallu aller chercher l’appareil de remplacement, ce qui a pris environ cinq minutes.
Avec le sauvetage de la dernière « victime », l’exercice « U TRAKTION » s’est officiellement terminé vers 17 heures. Sauf pour l’équipe d’organisation qui, après avoir tout installé la nuit précédente, a dû effectuer une nouvelle nuit de travail pour remettre le site en état.
Les enseignements tirés de l’exercice « U TRAKTION »
Les exercices d’intervention interinstitutionnels tels que « U TRAKTION » nécessitent un investissement considérable, tant sur le plan organisationnel que financier.
Mais ils apportent également une grande valeur ajoutée sous la forme d’enseignements précieux pour l’avenir. C’est ce qui ressort de l’entretien avec les organisateurs, après que ceux-ci ont analysé et évalué l’exercice.
Le Dr André Vossebein, responsable de l’exercice « U TRAKTION », a échangé de manière intensive avec les membres de son équipe, non seulement pendant l’exercice, mais également après celui-ci.© zVg
GYROPHARE BLEU : Du point de vue de l’organisation, quelle est la conclusion générale concernant l’exercice « U TRAKTION » ?
Organisation de l’« U TRAKTION » : Cet exercice a démontré une chose : la protection civile argovienne est capable de gérer un événement majeur et complexe en collaboration avec d’autres services. Le scénario, impliquant un tramway, un bus, des voitures et un afflux massif de blessés, avait été délibérément conçu pour être exigeant. C’est précisément grâce à cela que de précieux enseignements ont pu être tirés pour les futurs interventions et exercices.
Qu’est-ce qui a fonctionné comme prévu, voire mieux que ce qui était escompté au départ ?
Le haut niveau de professionnalisme des équipes d’intervention a été particulièrement réjouissant. Les opérations de sauvetage ont été menées de manière concentrée, calme et sûre, et avec beaucoup de dynamisme. À cela s’ajoute le fait qu’aucun des participants n’a été blessé, ce qui, malgré toutes les précautions prises, ne peut jamais être exclu à 100 pour cent.
Il est également apparu que le sauvetage technique et le savoir-faire des pompiers se situaient à un très haut niveau. Les premières concertations, la répartition en secteurs et les rapports ont également globalement bien fonctionné. La prise en charge médicale a également été soigneusement mise en place. Le triage a été effectué de manière techniquement correcte et avec beaucoup de soin. Par ailleurs, les processus de commandement, notamment dans le domaine de la direction générale des opérations, ont été consolidés dans des conditions proches de la réalité.
La collaboration avec les partenaires civils tels que AVA et Eniwa s’est également avérée positive. Ils ont pu être intégrés à la gestion de l’événement et ont apporté une contribution importante au réalisme du scénario d’exercice.
Dans quels domaines des défis ont-ils été rencontrés ?
Comme lors d’un événement majeur réel, les interfaces entre les organisations se sont également révélées particulièrement complexes lors de cet exercice. Le défi le plus important a sans doute été la vision commune de la situation : certaines organisations géraient leurs aperçus de la situation de manière partiellement décentralisée, ce qui a empêché, dans le scénario complexe d’< U TRAKTION >, que les informations actualisées parviennent partout simultanément.
Un potentiel d’optimisation s’est également révélé en matière de logistique des patients, de recensement et de prise en charge des personnes touchées, ainsi que dans la coordination entre le lieu de l’incident, les points de rassemblement et les zones de commandement. De tels points sont toutefois typiques des incidents de grande ampleur, car de nombreuses organisations agissent en parallèle, les informations circulent rapidement et les décisions doivent être prises sous la pression du temps.
Du point de vue de l’organisation de l’exercice, d’autres aspects sont venus s’y ajouter : certains processus, tels que l’alerte et le déplacement vers le lieu du scénario, n’ont pas pu être simulés de manière réaliste. Cela a donné lieu à des situations artificielles, notamment lors de l’arrivée sur les lieux de l’incident. Il est par ailleurs important de définir avec soin la manière dont il convient de gérer, d’une part, les observateurs, les équipes de soutien et les invités présents lors de ces grands exercices d’intervention et, d’autre part, les unités participant à l’exercice.
Quels sont les principaux enseignements que les organisateurs tirent de l’exercice « U TRAKTION » ?
L’un des principaux enseignements tirés est l’importance d’une vue d’ensemble de la situation uniforme, actualisée et accessible à tous. Lors d’événements majeurs, il doit être clair à tout moment quelles informations sont fiables, et comment celles-ci sont diffusées entre les organisations.
Par ailleurs, les responsabilités et les interfaces interorganisationnelles doivent être encore mieux définies et développées. Notamment concernant le recensement et la prise en charge des personnes touchées, la gestion des flux de patients et les rapports interorganisationnels. Un troisième point important concerne la compréhension mutuelle : chaque organisation doit connaître les principales logiques de gestion, la terminologie et les systèmes des institutions partenaires.
La coopération et la communication constituent un défi considérable, en particulier lors d’interventions interinstitutionnelles. Comment ces deux aspects
ont-ils fonctionné lors de l’exercice « U TRAKTION » ?
Dans l’ensemble, la collaboration a été constructive, engagée et marquée par un très grand dévouement. D’après les retours d’expérience, l’exercice a permis de consolider les contacts existants et de renforcer la compréhension mutuelle. Il est apparu dans le même temps que la communication lors d’événements majeurs ne faisait jamais l’objet d’une préparation définitive ! La gestion de la situation, les procédures de rapport, l’information des patients et les retours d’information depuis le terrain doivent notamment être régulièrement mis en pratique de manière interorganisationnelle.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres organisations qui souhaitent planifier et mener des exercices d’intervention similaires ?
Notre expérience avec < U TRAKTION > nous permet de retenir les points suivants : un scénario réaliste offre une grande valeur d’apprentissage. Parallèlement, il faut une répartition claire des rôles au sein de la direction de l’exercice, une équipe de préparation réduite, des rôles d’observateurs bien définis et un concept de sécurité rigoureux. Il est également important de déterminer dès la phase de planification quelle organisation sera impliquée dans l’exercice, à quel moment, avec quels moyens et selon quelles hypothèses.
Avec le recul, qu’est-ce qui vous semble particulièrement réjouissant ?
La manière dont l’exercice d’intervention a été mené, dans la sécurité, le calme et le respect des règles. Les équipes d’intervention ont pris le scénario au sérieux. Elles ont travaillé dans une optique de recherche de solutions et ont fait preuve d’un grand professionnalisme malgré la complexité de la situation et le caractère d’exercice de celle-ci. D’ailleurs, toutes les personnes impliquées se sont montrées très satisfaites de l’exercice !
Lorsque vous planifierez et organiserez le prochain exercice d’intervention : que ferez-vous de la même manière, et que ferez-vous différemment ?
Nous ne remettrons en aucun cas en cause la conception réaliste des scénarios, la large implication des organisations partenaires et le courage nécessaire pour s’entraîner en collaboration sur un scénario aussi exigeant. En revanche, nous définirons plus clairement la séparation entre la direction de l’exercice, les observateurs et les unités participant à l’exercice. Nous harmoniserons également encore davantage les horaires d’arrivée, les zones d’attente et les flux d’informations sur les procédures d’intervention réelles.
Dernière question : les efforts considérables consacrés à « U TRAKTION » en valaient-ils la peine ?
Oui, nous en sommes convaincus. Il est essentiel que de tels exercices d’intervention soient menés régulièrement avec différents intervenants et selon divers scénarios. Car même si l’effort nécessaire à cet effet ne doit pas être sous-estimé, il en vaut dans tous les cas la peine. C’est ce que l’exercice < U TRAKTION > a démontré de manière impressionnante à toutes les personnes impliquées.