Le projet « Swiss Emergency Data Hub » (SEDH)
Une plateforme pour l’échange d’informations à l’échelle nationale dans le domaine des services de secours
Lorsque les forces de secours interviennent, il s’agit généralement d’un « événement coopératif » dans lequel des experts de diverses organisations travaillent main dans la main, souvent issus de différentes régions, voire de différents cantons. Afin que chacun dispose à tout moment de toutes les informations pertinentes, l’entreprise sureVIVE AG a lancé, en collaboration avec des partenaires, le projet « Swiss Emergency Data Hub » (SEDH).
© Rega
En cas d’accident en Suisse, les forces d’intervention des organisations de sécurité et de sauvetage sont toujours présentes pour apporter leur aide, secourir, évacuer ou éteindre des incendies. En règle générale, chaque événement (du feu couvant dans une cuisine à un événement majeur suprarégional tel qu’une catastrophe naturelle touchant plusieurs cantons) nécessite la collaboration des forces de différentes organisations. Par exemple, les pompiers, les services médicaux et la police, mais également les sauveteurs routiers, aériens, en montagne, en hauteur, en profondeur et aquatiques, ainsi que les First Responder (FR - premiers intervenants), les chiens de recherche en terrain accidenté, la protection civile et la protection contre les catastrophes.
Chaque organisation de la famille suisse des services d’urgence poursuit des objectifs spécifiques, possède des atouts individuels, dispose de spécialistes et des moyens d’intervention adaptés. La mise en commun des forces crée une synergie performante qui permet de fournir les prestations requises en fonction de l’événement, de manière rapide, efficace, avec un niveau élevé de qualité et de sécurité.
Exemple : Avalanche dans une station de sports d’hiver
L’avalanche (fictive) dans une station de ski est un bon exemple. Peu importe qui la signale : un particulier, un responsable des remontées mécaniques ou un pisteur-secouriste : l’alerte, qui est reçue par la centrale d’intervention de la Rega via son numéro d’urgence 1414, déclenche une cascade d’événements. Elle mobilise les forces d’intervention de différentes organisations : services de secours sur les pistes, spécialistes, maîtres-chiens d’avalanche et stations de secours du Secours Alpin Suisse (SAS), police, services médicaux et la Rega elle-même. À cela s’ajoutent parfois des institutions civiles, telles que des sociétés d’hélicoptères commerciales qui assurent des missions de transport ou, dans certains cas, des First Responder ou des peers.
© Rega
La coopération et la communication sont essentielles pour garantir le succès de l’intervention
Afin de garantir une gestion et une coordination optimales de la coopération interorganisationnelle et souvent suprarégionale, un facteur est essentiel pour la réussite commune : une image commune de la situation, fondée sur des informations et des données distribuées en temps réel, ainsi qu’une solution de communication accessible à tous à tout moment.
Dans l’exemple cité d’une avalanche, où la rapidité des secours est un facteur critique, les ressources humaines et matérielles doivent être mobilisées rapidement et de manière ciblée. Grâce à une image uniforme de la situation, les hélicoptères peuvent, par exemple, embarquer efficacement les forces d’intervention, estimer les temps d’approche et avoir une vue d’ensemble de la situation au niveau de la coulée de neige. De plus, la visibilité des hélicoptères dans l’image commune de la situation a un effet positif sur la sécurité des vols.
La première phase de l’intervention est tout aussi décisive pour la réussite globale de la gestion de l’événement que toutes les étapes suivantes, qui s’accompagnent d’une « augmentation » des forces et des moyens. Par conséquent, les personnes, les véhicules et les hélicoptères doivent pouvoir être intégrés dans le système en fonction de la situation, à tout moment, de manière simple, manuelle ou automatisée, avec une haute disponibilité et indépendamment du matériel.
Les applications « MOMENTUM PRO », « ARMC » et la communication de groupe dynamique via Threema ont fait leurs preuves dans le cadre de la coopération entre la Rega, le SAS, les forces du CAS et les First Responder. Le système est désormais en cours de développement pour devenir le SEDH, utilisable à l’échelle nationale.© sureVIVEImage en temps réel de la situation et gestion des interventions grâce aux solutions de sureVIVE
Une solution éprouvée pour l’exemple décrit existe depuis 2021 avec « Alpine Rescue Mission Control » (ARMC). Elle repose sur l’outil SaaS « Momentum PRO » et sert à l’alerte, à la gestion des interventions et à la représentation de la situation lors d’opérations de sauvetage terrestres et aériennes (voir également BLAULICHT 04-2024). C’est l’entreprise sureVIVE AG, basée à Mendrisio, qui a développé le système et qui l’exploite. « En cas d’urgence en montagne, pour laquelle le SAS doit intervenir, ses secouristes ainsi que tout autre secouriste éventuellement nécessaire, tel que des pisteurs-secouristes, sont mobilisés via < ARMC >. L’alerte est donnée via le numéro d’urgence médicale 144 ou le numéro d’urgence 1414 de la Rega, qui prend généralement en charge la coordination des interventions dans de tels cas », explique Georg Hauzenberger, PDG de sureVIVE.
Grâce à un algorithme flexible et intelligent, la mobilisation des forces après l’alerte peut alors se faire de manière entièrement automatique selon le principe du « next-best » (c’est toujours l’unité disponible la plus rapide et la mieux adaptée qui est alertée). Ou, si nécessaire, de manière manuelle et sélective.
Immédiatement après la phase d’alerte et de mobilisation, la solution se transforme en un système de gestion des interventions et de représentation de la situation, qui permet de surveiller, d’informer et de diriger toutes les forces réparties. « D’autres forces qui arrivent pendant la phase de mobilisation intense peuvent également être intégrées », explique Georg Hauzenberger. « Grâce à l’image en temps réel de la situation, chacun dispose à tout moment d’une vue d’ensemble parfaite pendant toute la durée de l’intervention. »
De plus, dans l’esprit d’un écosystème regroupant les meilleurs systèmes informatiques, « Momentum PRO » et donc « ARMC » permettent de créer automatiquement des groupes dans l’application de communication sécurisée et conforme à la protection des données Threema, qui peuvent être utilisés par toutes les forces d’intervention impliquées pour la communication multimédia (voir également gyrophare bleu 04-2025).
La Rega souhaite émanciper ce système éprouvé avec ses partenaires pour en faire le SEDH
La Rega a été impliquée de manière significative dans le développement du système dès le début. Elle utilise ce dernier dans sa centrale d’intervention pour déclencher, coordonner, soutenir et diriger les interventions d’urgence des sauveteurs en montagne du SAS et de leurs groupes First Responder Plus (FR+), ainsi que d’autres équipes de secours, telles que les sauveteurs aquatiques en Suisse orientale. Le système est également de plus en plus utilisé par les services de secours sur pistes dans toute la Suisse, dans le but de les intégrer plus efficacement dans la chaîne de sauvetage et même de permettre la demande électronique d’hélicoptères de sauvetage et éventuellement d’ambulances.
Après près de cinq ans d’utilisation fructueuse du système dans presque toute la Suisse, la Rega souhaite, en collaboration avec ses partenaires des organisations d’urgence et de l’industrie, le développer pour en faire le « Swiss Emergency Data Hub ». Celui-ci sera accessible à toutes les organisations intéressées des services d’urgence suisses afin qu’elles puissent partager entre elles les informations relatives aux interventions. « De manière autonome et en fonction des rôles, selon des critères stricts en matière de souveraineté et de protection des données », comme le souligne Georg Hauzenberger.
Georg Hauzenberger, PDG de sureVIVE : « Tous les composants fondamentaux du projet SEDH sont déjà en place. Nous mettons actuellement en place les interfaces, chaque organisation n’ayant besoin que d’une seule : celle menant vers la plateforme. »© zVgVoici l’intention qui sous-tend le projet SEDH
L’idée du SEDH est aussi simple que logique. En tant qu’organisation nationale de sauvetage aérien, la Rega a toujours opéré au-delà des frontières régionales. Elle travaille en outre toujours de manière interorganisationnelle, en collaboration avec les forces compétentes sur le lieu d’intervention. Il est donc essentiel pour elle de pouvoir échanger des informations et des données de manière efficace et sécurisée au-delà des frontières institutionnelles, régionales et cantonales.
Jusqu’à présent, la Rega, active dans toute la Suisse, est confrontée à deux obstacles majeurs : d’une part, la « cécité » souvent technique des organisations locales pour tout ce qui se passe en dehors de leurs propres frontières, souvent étroites tant sur le plan géographique qu’organisationnel. D’autre part, il n’existe à ce jour en Suisse ni centrale nationale d’appel d’urgence sanitaire (SNZ) ni écosystème numérique national capable de fournir en temps réel, en cas d’incident, des informations sur les ressources humaines et les moyens d’intervention disponibles, pour toutes les forces impliquées dans un incident donné et provenant de toutes ces forces.
Ces deux facteurs ont un impact négatif sur la possibilité d’utiliser une image commune de la situation de toutes les forces d’intervention impliquées dans un événement et d’appliquer à tout moment le principe du « next-best ». En raison de la fragmentation de la Suisse et de ses structures fédéralistes, il existe un ensemble disparate de compétences, d’organisations et de zones d’intervention qui s’est constitué au fil de l’histoire du pays. Il n’est donc pas rare que l’échange d’informations pertinentes pour les interventions coopératives s’avère laborieux. Les îlots d’information sont la règle, et les ruptures dans la transmission des informations ou des données sont presque la norme. Cela devrait désormais changer grâce au « Swiss Emergency Data Hub ».
Partager des informations essentielles, de manière autonome et sécurisée
Ce système est déjà en cours de développement et, en cas d’événement, il permettra de regrouper toutes les informations pertinentes en un seul endroit, accessible à toutes les organisations impliquées. Les directives strictes en matière de protection des données ainsi que la souveraineté inviolable de chaque organisation en matière de coordination et de données ont constitué un défi majeur. « Le SEDH tient pleinement compte de ces deux aspects », souligne Martin Thalmann, responsable du programme. « Les données sont diffusées sur la plateforme, mais ne sont pas stockées. De plus, chaque organisation connectée décide de manière autonome avec qui elle souhaite partager ses données et quelles données elle souhaite partager. » Et comme dans « Momentum PRO », les données sont diffusées en fonction des rôles. « Par exemple, il n’est pas possible qu’une organisation médicale partage des données sensibles sur des patients avec une entreprise privée d’hélicoptères qui effectue des vols de transport, ni que cette dernière puisse avoir accès à de telles données sensibles », assure Martin Thalmann.
Utilisation des technologies existantes
Même si le projet SEDH paraît visionnaire : il n’est pas nécessaire de réinventer le monde numérique pour le mettre en œuvre. En effet, avec « Momentum PRO », « ARMC » et la « communication de groupe dynamique » via Threema Work, mise en œuvre par sureVIVE et Threema pour le SAS, il existe déjà des éléments essentiels qui ont fait leurs preuves dans la pratique. Ces éléments sont complétés par des solutions de diffusion d’informations. « Celles-ci existent également déjà. Nous les utilisons simplement dans un nouveau contexte pour le SEDH, et avec une rigueur sans précédent », révèle Georg Hauzenberger.
L’architecture des interfaces a toutefois dû être entièrement repensée, comme il l’explique : « Les connexions point à point classiques auraient nécessité un nombre très élevé d’interfaces, ce qui aurait augmenté la complexité opérationnelle et les coûts pour les organisations d’urgence. Cela n’était pas envisageable. Nous avons donc opté pour une architecture événementielle. Tout se passe sur le « SEDH », et chaque organisation n’a donc besoin que d’une seule interface : celle menant à la plateforme. »
Ces interfaces sont actuellement développées par des fournisseurs spécialisés suisses renommés tels que Hexagon, LogObject, Swisscom et sureVIVE. L’objectif : Les organisations intéressées doivent pouvoir se connecter au SEDH via des connexions standardisées, indépendamment de leurs solutions ELZ (de centrale d’intervention) respectives et en parfaite adéquation avec celles-ci. « Lors de la configuration de l’interface vers la plateforme, il est alors possible de définir précisément quelles informations doivent être partagées avec quelles autres organisations, et lesquelles ne doivent pas l’être », explique Georg Hauzenberger.
Une seule interface est nécessaire, celle menant vers le SEDH
En cas d’événement, les informations pertinentes ne sont donc jamais stockées sur le SEDH, mais diffusées en continu via celui-ci et partagées conformément aux configurations respectives des interfaces. Ainsi, les informations produites par une organisation (par exemple par une SNZ (centrale d’appel d’urgence sanitaire) cantonale qui déclenche une intervention à la suite d’une alerte) sont mises à la disposition des autres acteurs impliqués dans l’événement. Ces derniers les enregistrent, les affichent et les traitent, par exemple en envoyant une ambulance depuis la SNZ, un hélicoptère depuis la Rega et un First Responder ou First Responder+ depuis l’organisation FR cantonale du SAS. Ces informations sont transmises aux autres partenaires via la plateforme. Toutes les centrales d’intervention impliquées et les équipes de secours en intervention sont immédiatement informées : l’ambulance, la Rega et les First Responder sont en route. Et bien sûr, elles peuvent également voir sur la carte en temps réel où elles se trouvent actuellement.
« Cela permet d’obtenir une image détaillée et dynamique de la situation en temps réel. Tout le monde sait ce qui a déjà été mis en place et fait, ce qui est en cours, qui se trouve où et quelles doivent être les prochaines étapes », explique Adrian Schindler, porte-parole de la Rega. « Les ressources, les actions et les moyens d’intervention deviennent transparents pour tous. Cela facilite et intensifie le travail d’équipe, permet de prendre des décisions fondées sur des faits en moins de temps, évite les demandes de précisions, les malentendus et les interprétations erronées. Les interventions coopératives peuvent ainsi être menées plus rapidement, plus efficacement et de manière plus sûre .»
Avec cet objectif fondamental, le projet s’inscrit par ailleurs en parfaite cohérence avec l’objectif de numérisation complète de la chaîne de sauvetage suisse formulé par l’Interassociation de sauvetage (IAS) dans sa « Vision du système de secours suisse 2034 ».
Développement dans le cadre d’un réseau coopératif
À l’image des équipes d’intervention sur le lieu du sinistre, de nombreux partenaires issus de différentes institutions participent également au projet SEDH. La Rega est le donneur d’ordre et assure le financement initial. L’entreprise sureVIVE AG agit en tant que développeur, fournisseur et opérateur de la plateforme de la première heure. Du côté de l’industrie, des fournisseurs renommés dans les domaines de la gestion des interventions, des solutions d’alerte et de la communication opérationnelle participent au sous-projet « Architecture ». Dans le sous-projet « Utilisateurs », outre la Rega, le SAS et d’autres partenaires, trois cantons pilotes sont également impliqués : le canton des Grisons, qui a été le premier canton à charger le SAS de mettre en place un dispositif FR+ et qui dispose donc d’une longue expérience avec les applications SAS. Le canton de Saint-Gall, qui apporte une grande expérience en matière de coopération interinstitutionnelle et intercantonale dans le domaine du sauvetage aquatique, où coopèrent les plongeurs de la police cantonale de Saint-Gall, les forces de la section SLRG Mittelrheintal et les spécialistes du canyoning du Secours alpin de Suisse orientale (ARO). Enfin, le canton du Tessin, qui a connu une profonde tristesse lors des violentes intempéries de 2024 dans le Val Mesolcina, la vallée de la Maggia et le Val Bavona, mais qui a également pu acquérir une vaste expérience pratique en matière de coopération intercantonale et interorganisationnelle entre les services de secours, qui se traduira désormais par de précieuses contributions au SEDH.
La collaboration au sous-projet « Utilisateurs » est possible
Tout comme pour la mobilisation des forces en cas d’événement, le nombre de personnes, d’entreprises, d’organisations et de cantons engagés dans le projet SEDH continuera d’augmenter de manière entièrement prévue, comme l’explique Martin Thalmann : « Les personnes intéressées qui souhaitent collaborer au projet SEDH, en particulier au sein du groupe < Utilisateurs >, sont invitées à nous contacter .» Enfin, le projet vise à bénéficier d’une large base afin d’être accepté et utilisé à l’échelle nationale. C’est pourquoi, selon Martin Thalmann, il est également envisagé qu’à partir d’un certain stade, le SEDH soit géré, financé et développé par un organisme responsable qui reste à créer. Au profit des organisations participantes, et des personnes qui se trouvent en situation d’urgence en Suisse et qui doivent être aidées dans le cadre d’un réseau coopératif.
Les organisations intéressées peuvent obtenir de plus amples informations auprès de l’entreprise sureVIVE AG sur le site Internet www.sedh.ch, par e-mail à l’adresse
